Test Afro Samurai

Le par Fabien H.  |  1 commentaire(s)
Afro Samurai - pochette

Si l'on est un temps soit peu amateur de mangas, difficile de ne pas avoir entendu parler d'Afro Samurai. Adapté en animé en 2007, la licence a rencontré un bref succès auprès des aficionados de seinen (manga pour jeunes hommes), notamment par la réalisation technique et l'approche très dynamique et violente qui forment l'essence de la production. Fort de cette renommée, Namco Bandai nous propose une adaptation vidéoludique du lourd cheminement d'un samurai éreinté par sa destinée. L'atmosphère de l'animé sera-t-elle pour autant conservée ?

Moralité abandonnée, violence exacerbée

Créé par Takashi Okazaki, le manga Afro Samurai a par la suite été adapté en animé, sous la forme de cinq O.A.V. via le studio Gonzo (à l'origine d'animés reconnus tels que Hellsing, Full Metal Panic, Gantz, Last Exile, ou encore Black Cat) et réalisé par Kizaki Famutomo (à qui l'on doit notamment Balistik et Ghost in the Shell : Stand Alone Complex). Bien qu'enrichit d'un film d'animation intitulé « Resurrection », l'adaptation vidéoludique d'Afro Samurai se focalise uniquement sur les cinq épisodes sus-nommés.

Se calant dans un Japon féodal post-apocalyptique mêlé de technologies de pointe, Afro Samurai présente une aura assez malfaisante, dérangeante. Les prémices de l'histoire offrent d'ailleurs une certaine immoralité, accentué par une féroce violence. Cela commence d'ailleurs par la mort du père d'Afro, décapité de sang froid par Justice, un vieux cow-boy aux allures de zombie. La raison de ce sanguinaire affrontement se matérialise en deux bandeaux : le bandeau numéro 1 étant jugé comme le Saint Graal du monde, permettant d'acquérir les pouvoirs d'un dieu. Évidemment, tout le monde convoite ce bout de tissu afin de parvenir à de sombres desseins. Seulement, il est nécessaire de posséder le bandeau numéro 2 pour défier l'actuel détenteur des pouvoirs divins. Afro, hanté par une vengeance implacable envers le meurtrier de son père, passera sa vie à traquer le bandeau numéro 2 - et se confronter à tous ses aspirants - dans l'unique but de hacher menu le vil Justice.

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S'il y a une chose que l'on peut reprocher à Afro Samurai, c'est un certain manque de scénario et surtout une incohérence particulière dans son déroulement. En effet, l'animé a déjà tendance à déstabiliser le public via quelques flash-backs finalement peu explicatifs et surtout mal positionnés. Ainsi, certains passages frisent l'incompréhension la plus totale, de sorte que l'on a l'impression d'avoir raté quelques minutes de visionnement. La production de Namco Bandai s'inspirant partiellement de l'animé, force est de constater que les joueurs auront quelques peines à bien comprendre le déroulement de l'histoire, aussi minimaliste soit-elle. Qui plus est, le jeu tronque encore davantage certaines scènes telles que l'enfance d'Afro, n'expliquant pas pertinemment la mort de son père et les véritables pulsions qui le forcent à combattre avec une telle violence. Certes, certains dialogues précisent quelques éléments, mais ceux et celles qui n'ont pas pris connaissance de l'œuvre originale risquent de patauger allègrement dans l'incompréhension.

Toujours est-il que notre anti-héros par excellence s'armera du katana de son défunt père afin de venger sa défaite. Mais pour cela, il faudra tout d'abord traquer le porteur du bandeau numéro 2. Dans ce but, il sera prêt à tout, même - et surtout - à tuer. Vous l'aurez compris, la vie de notre chevelu ne sera faite que de violence, douleur et surtout d'une solitude exacerbée. N'ayant que très peu de contacts, Afro n'a pas tardé à se créer une entité imaginaire, Ninja Ninja. Globalement du même acabit que notre héros, ce dernier se présente comme sa face cachée, la matérialisation de ses sentiments originaux. Ninja Ninja apporte donc une profondeur aux dialogues et surtout une once d'humour via ses paroles crues, déplacées, voire complètement perverses.

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Un balai d'hémoglobine

Bien évidemment, Afro Samurai porte un maximum d'attentions à l'action, au dynamisme des combats. Namco Bandai a d'ailleurs mis un accent particulier sur ce point en orientant sa production vers le beat'em all. De ce fait, peu de répit sera laissé au joueur, les ennemis arrivant toujours par meutes dans l'unique but de lui subtiliser son bandeau. Ces derniers seront pour la plupart lancés par les sept frères du néant, une organisation maléfique qui n'hésite pas à mener des expériences physiques destinées à modifier les compétences génétiques des soldats. Si le joueur commence par affûter sa lame sur quelques sous-fifres et autres shinobi, la suite des évènements apportera notamment d'étranges créatures électriques, voire explosives.

Au niveau des combats - qui constituent la majeure partie du gameplay -, le gameplay se montre à la fois varié dans le choix des combos, mais surtout très jouissif. La production vidéoludique rendant hommage à l'œuvre de Takashi Okazaki, la violence est de mise, affichant des hectolitres d'hémoglobine à chaque coup de lame, éclaboussant parfois même l'écran de jeu. En terme de prise en main, l'originalité ne sera pas véritablement de mise, puisque deux touches permettront d'attaquer à l'épée (une pour les coups normaux et rapides, la seconde pour des charges plus lentes et puissantes), une autre pour les coups de pied et une troisième sera utile pour bloquer (efficace pour déstabiliser l'ennemi afin de lui asséner un coup fatal via la touche saut + attaque). Jusque là, rien de bien transcendant, bien que l'éventail de combos possibles soit très étoffé et s'enrichisse au fil du jeu, via le gain de niveaux d'expérience. On regrettera cependant qu'il n'y ait pas vraiment d'enchaînements aériens valables.

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L'aspect judicieux du soft se concentre dans la fonction de concentration, à savoir la possibilité de ralentir brièvement le temps afin de porter des coups mortels. Pour cela, il suffit de presser et maintenir la gâchette correspondante. Dans ce mode, l'écran se présente en noir et blanc, ralentissant tous les mouvements. Ainsi, il est possible d'effectuer des attaques très puissantes, en appuyant et maintenant une des touches d'attaque et ce jusqu'à ce que la pointe de la lame scintille. Dès lors, il suffit de lâcher ledit bouton afin de découper l'ennemi d'un coup net, faisant jaillir des litres de sang. Pour davantage de sadisme, les développeurs ont permis la possibilité d'orienter le sabre afin d'entailler ses ennemis dans un angle bien particulier. Cette fonction sera surtout utile dans le mini-jeu de poker corporel que Ninja Ninja amorcera de temps à autre. Pour remporter des points, il faudra par exemple couper un bras, une jambe et une tête, ou encore trois caboches pour augmenter son expérience. Notons cependant que la technique de concentration n'est pas disponible à volonté, comme le témoigne le pendentif accroché au sabre d'Afro. Lorsque celui-ci scintille, il est possible de ralentir le temps. A contrario, lorsqu'il est éteint, il sera nécessaire d'attendre quelques secondes.

Particulièrement jouissif dans ses affrontements, Afro Samurai comporte néanmoins une certaine limite gênante : les sensations. Si l'animé nous met au coeur des combats au dynamisme évident, le jeu demeure très sage sur ce point. En effet, la prise en main est conçue de manière à présenter une implication assez minimale. L'impression de violence visuelle n'est donc pas du tout en corrélation avec la façon de jouer, finalement assez laxiste et rigide. En effet, si Afro effectue un panel de coups étendu et bien animé, les déplacements s'avèrent pesants et approximatifs. C'est pour cela que l'équipe de développement a mis en place un ersatz de verrouillage ennemi, afin de ne pas trop entraver sur le gameplay général. Toujours est-il que cette lacune se ressent de façon plus significative sur les phases de plate-forme qui, aussi inutiles soit-elles, portent rapidement sur les nerfs. Cela est notamment dû à de sérieux soucis de collision et d'interaction avec les décors (le personnage reste bloqué, etc) et surtout une caméra totalement grippée. Il sera ainsi nécessaire de retoucher sans cesse l'angle afin d'apprécier l'action. Certains affrontements, notamment ceux contre les boss, recentrent systématiquement la caméra, laissant ainsi quelques soucis quant aux déplacements (notamment contre le boss de fin).

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Galerie d'images

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Un bien bel hommage au manga

En dépit des lacunes précédemment nommées, il est clair qu'Afro Samurai présente des qualités techniques indéniables, malgré quelques disparités que nous ne manquerons pas de vous préciser. Offrant un moteur graphique Cel Shadé finement conçu, la production s'octroie également de quelques effets crayonnés dans l'optique de coller à l'ambiance du manga. Le résultat se montre pour le coup très convaincant, d'autant plus que la plupart des animations sont clairement efficaces. On regrettera cependant les réactions ennemies particulièrement ridicules, notamment lorsqu'ils courent. Par exemple, à l'occasion d'une mission ou Afro doit secourir des enfants, les soldats et ninja ennemis restent plantés devant les abris de fortune, attendant d'être laminés.

Néanmoins, la mise en scène se montre efficace avec notamment des traits de séparation splittant l'écran lorsque des évènements se déroulent en cours de combat. Cette fonction permet notamment de ne pas couper l'action, tout en restant fidèle à l'effet manga. De plus, le jeu ne s'alourdit aucunement d'une interface permanente. Afin d'apprécier l'esthétique à son paroxysme, aucune indication ne sera affiché en guise de HUD à l'écran : la vie sera symbolisée par la coloration du personnage (ce dernier deviendra rouge lorsqu'il sera sérieusement blessé). Enfin, il est utile de préciser que le framerate tient efficacement la route, exception faite de certains effets de fumée qui engendrent de légers ralentissements.

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Complétant efficacement l'ambiance graphique somme toute de bonne facture, la réalisation sonore du jeu est certainement l'élément primordial à l'implication dans le jeu. Réalisés par RZA (membre du célèbre groupe de rap américain Wu Tang Clan ayant déjà travaillé sur les bandes originales telles que celle de l'excellent Ghost Dog de Jim Jarmusch), les thèmes sonores d'Afro Samurai collent parfaitement à l'ambiance. Mêlant hip hop et sonorité purement japonaises, les réalisations envoûtent avec classe, agrémentant l'envie de se jeter corps et âme dans des affrontements sanguinaires. Bien que les thèmes soient souvent très bien introduits, on regrettera le fait qu'ils s'arrêtent prématurément en cours d'affrontement, au profit d'un fond muet. Au niveau de la qualité des bruitages, par contre, le rendu se gâte. En dépit d'effets sonores intéressants au niveau des coups de sabre, force est de constater que la richesse n'est pas exploitée comme il se doit. Preuve en est avec certaines actions ennemies qui s'avèrent purement et simplement dénuées de son. Qui plus est, certains bugs sonores sont à noter lors des temps de chargement. Tout cela permet de certifier que le développement n'a pas été entièrement finalisé et cela porte un léger préjudice quant au jugement final. On appréciera néanmoins la reprise des doubleurs de l'animé et notamment le célèbre Samuel L. Jackson dans le rôle d'Afro et de Ninja Ninja.

Passable en tant que beat'em all, Afro Samurai offre néanmoins un complément agréable au manga et à l'animé. Scénaristiquement difficile à suivre pour ceux et celles qui n'ont pas visionné les O.A.V. du studio Gonzo, le jeu se révèle néanmoins esthétiquement fidèle à l'oeuvre originale, présentant une mise en scène différente mais assez efficace, agrémentée par des thèmes sonores décapants. Malgré son gameplay efficace, quoique basique, le soft s'alourdit d'une prise en main parfois approximative, notamment lors des déplacements et phases de plate-forme ou les interactions avec les décors sont parfois catastrophiques. Présentant une durée de vie particulièrement faible (environ 6 heures de jeu), le titre de Namco Bandai souffre d'une rejouabilité peu significative (seul un mode de difficulté plus accru est débloqué à la fin du jeu). Bref, Afro Samurai plaira avant tout aux aficionados de l'animé et aux amateurs de beat'em all aussi sanglants que défoulants.

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Afro Samurai est disponible à l'achat à partir de 45,89 €.


+ Les plus
  • Qualité esthétique indéniable
  • Bande sonore riche et variée
  • Combats dynamiques
  • Système de concentration intéressant et stylé
  • Interface minimaliste
  • Voix originales conservées
- Les moins
  • Durée de vie minimale
  • Problèmes de collision et d'interaction
  • Caméra molle
  • Scénario tronqué
  • Bugs et disparités sonore
  • Manque de sensations de combat
  • Animations ridicules des ennemis

Notes

  • Graphisme Affichant un moteur graphique Cel Shading aux effets crayonnés du plus bel effet, l'adaptation vidéoludique d'Afro Samurai s'est effectuée le façon efficace. Ne s'embourbant pas dans une interface grossière à l'écran, le soft joue la carte du minimalisme afin d'apprécier comme il se doit le cœur du gameplay : les combats et le balai sanguinolent qui en découle. En dépit de ralentissements visibles ça et là, le rendu reste en général équitable. Les animations, bien retranscrites sur notre héros, se montrent bien moins sexy lorsqu'il s'agit des ennemis.
    7/10
  • Bande son Le célèbre rappeur et producteur RZA nous propose une bande originale fabuleuse, bien plus riche que celle de l'animé original. Cela est dû à un mélange plus efficace entre le hip hop et les sonorités purement japonaises, proposant ainsi un rendu extrêmement riche et surtout varié. Cela donne une pèche évidente aux combats et ce, bien que les thèmes n'arrêtent parfois brusquement en cours d'affrontement. Seulement, les bruitages sont quant à eux assez inégaux puisque certaines actions ennemies sont muettes.
    7/10
  • Jouabilité Simple et jouissif à prendre en main, Afro Samurai se montre cependant assez approximatif, notamment dans ses déplacements. Si cela se ressent assez peu finalement en combat, le joueur notera la lacune à l'occasion des phases de plate-forme, accusant des soucis liés aux collisions et interactions avec les décors. Ainsi, les sauts s'avèrent souvent bien trop imprécis. Qui plus est, aucun effort n'a été fourni quant à la gestion de la caméra. Cette dernière, grippée au possible, nécessite d'être repositionnée régulièrement en cours de partie.
    6/10
  • Durée de vie S'enchaînant en six à huit heures, le titre de Namco Bandai ne brille pas par sa longévité. Le cheminement étant globalement simple (exception faite d'un ou deux boss assez casse-pied), le joueur arrivera assez rapidement au générique de fin. De plus, le taux de rejouabilité est assez faible puisqu'un unique mode difficile ne sera débloqué en fin de partie. Quelques bonus supplémentaires auraient été les bienvenus pour redonner un second souffle à l'opus.
    5/10
  • Scénario S'inspirant du scénario déjà énigmatique de l'œuvre originale, la production de Namco Bandai se permet de remodeler quelques parcelles tout en supprimant d'autres. Ainsi, le joueur qui n'a pas profité des O.A.V. sera perdu dans le déroulement du jeu, notamment sur la genèse des motivations d'Afro, à savoir le meurtre de son père. Ainsi, certains éléments poignants sont absents, annihilant ainsi une partie de l'identité originelle.
    5/10
  • Note générale Efficace en tant qu'adaptation, Afro Samurai se montre pertinent dans son élaboration esthétique et sonore. Comportant un système de combat basique mais efficace, force est de constater que la prise en main est parfois lourde, supprimant ainsi une partie de l'intérêt du gameplay. N'affichant qu'une faible durée de vie et une rejouabilité pas intéressante, Afro Samurai reste une production intéressante pour les amateurs de l'animé et pour les amateurs de beat'em all plus sanglants que pertinents.
    6/10
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Vos commentaires
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bagouse offline Hors ligne Héroïque avatar 785 points
Le #452871
Il est vrai que sous sa mise en scène efficace et son perpétuel ballet de coups, on se lasse tout de même assez vite notamment à cause d'un gameplay trop simpliste.
Au moins c'est joli à regarder et prenant à entendre.
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